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  • De graves faiblesses dans la gestion financière des elections

Intégrité et bonne volonté politique

Freddy Matungulu - Intégrité et bonne volonté politique

Ancien économiste du Fonds monétaire international (FMI), ex-ministre des Finances de la République démocratique du Congo entre 2001 et 2003, Freddy Matungulu pourrait être candidat à l’élection présidentielle de fin 2016. Il détaille pour Acteurs publics Africa les chantiers et les mesures de réforme de l’État qu’il envisage s’il est élu.

SubmitVous serez sans doute candidat à la présidentielle en RD Congo (RDC), fin 2016. Quel regard portez-vous sur le fonctionnement du secteur public de votre pays ?

Je crois que l’on peut porter un regard très sévère. Il sera très important d’instaurer le plus rapidement possible dans mon pays les notions de responsabilité et d’obligation de rendre compte, pour qu’elles deviennent une réalité pour les élus et les politiques. Tout être humain, dans des fonctions de gestionnaire, répond à des impulsions, à des sanctions et aux récompenses s’il se comporte bien. Et lorsque l’on se retrouve dans un contexte d’impunité totale, pratiquement tous les grands responsables des services publics deviennent inefficaces.

Que faire alors concrètement ?

Je propose, pour être concret dans ce domaine, qu’en tant que chef de l’État, responsable numéro un, mon objectif sera de travailler à l’amélioration du bien-être des populations, et je voudrais m’assurer que les gens nommés à des postes à responsabilité concourent à ce grand objectif. Et qu’ils soient sanctionnés si leurs performances ne sont pas à la hauteur.

Cela vaut-il également pour le chef de l’État ?

Cela signifie que le chef de l’État doit reconnaître que son maintien au pouvoir dépend de l'appreciation de son action par la population. Élu pour un premier mandat de cinq ans [comme en RDC, ndlr], il doit accepter qu’au terme de ce mandat, il puisse être jugé et éventuellement sanctionné. C’est pourquoi je suis très attaché à l’organisation d’élections crédibles. Le président de la République doit accepter cet examen de passage après un premier mandat. Comme, d’ailleurs, les députés devant se représenter.

Cette exigence, l’étendez-vous aux responsables des administrations ?

Les acteurs aux postes à responsabilités dans l’armée, la police, les services de sécurité, les entreprises publiques devraient être nommés par le chef de l’État, mais avec l’approbation du Parlement, comme c’est généralement le cas. De telle sorte que tout le monde puisse être pris à témoin et que les différents responsables travaillent en sachant qu’ils sont suivis par le chef de l’État, mais aussi par la représentation nationale. Et que leur sort ne dépend pas que du chef de l’État, comme c’est le cas aujourd’hui. Cela fait partie des grandes réformes qui seront nécessaires.

Mais quel chef de l’État accepterait de perdre ce pouvoir exclusif de nomination ?

Le chef de l’État ne doit pas être ce grand omnipotent qui décide de tout, parfois dans une opacité totale. Mais il doit faire face à ses responsabilités dans les limites du pouvoir que lui confèrent les lois de la République. Comme dit l’expression, on n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. J’y crois fondamentalement. Je voudrais que l’on ait un État fidèle à la nation, plutôt qu’au service d’un individu, de sa famille et des ses amis. Cela veut dire que l’on ait un programme gouvernemental, dont certains objectifs dépassent les colorations politiques, et qui s’exécute quels que soient les acteurs en place.

Vous avez une réputation d’homme intègre. Ministre des Finances, vous avez subi des pressions très fortes, jusqu’à être arrêté.

Est-ce encore un épisode douloureux ?

Non. Ce qui est important, c’est que je veux rendre à mon pays ce qu’il m’a donné. Ceux de ma génération, nous avons eu le grand privilège d’étudier essentiellement aux frais de l’État. Les jeunes d’aujourd’hui ne peuvent se l’imaginer. Mais cela fait partie de mes motivations et explique pourquoi je suis revenu en 2001 et que je veux me mettre au service de la nation. Vous savez, la gestion d’une économie et des finances d’un pays, avec des contraintes énormes quand il s’agit de faire des choix en matière de dépenses, ce n’est jamais facile. Si vous n’avez pas de convictions basées sur une expertise, c’est très, très, difficile de tenir face aux pressions. Nous avons tenu le coup et les faits l’ont prouvé, nous avons maîtrisé un environnement macroéconomique qui était décadent depuis très longtemps. Cela signifie qu’il faut être très regardant sur ce que l’on dépense. Se demander où va l’argent de l’État ? C’est à ce niveau là que nous avons eu des problèmes. Et c’est dans ce domaine que l’on continue à avoir des problèmes dans le pays.

La population congolaise souffre d’une grande insécurité. Comment comptez-vous rétablir durablement la sécurité en RDC ?

La sécurité relève de la compétence de l’armée, de la police, des services de sécurité. Quand les responsables n’obtiennent pas de résultats, il faut qu’ils puissent être recadrés voire sanctionnés. Il y a actuellement un problème de management fondamental qu’il faut résoudre. Depuis des années, nos responsables de la sécurité restent à leurs postes indépendamment de ce qui se passe dans leur circonscription. Nous ne travaillons pas suffisamment bien le schéma : objectifs, mise en œuvre des moyens, évaluation, sanctions. Il faut relever de leur commandement les responsables qui n’y arrivent pas. Et je ne m’étonne donc pas que l’instabilité et l’insécurité restent chroniques.

Votre pays a relancé l’ENA Kinshasa. Cela va-t-il dans le bon sens pour avoir des cadres compétents dans la fonction publique ?

C’est très, très, important. Je crois que pour avoir de bons résultats, la bonne volonté ne suffit pas. L’intégrité ne suffit pas. Il faut la bonne volonté, l’expertise et l’intégrité. Nous avons besoin de davantage d’intégrité et de bonne volonté politique. Cela manque beaucoup. Mais sans expertise, cela serait très difficile d’aller loin. C’est une bonne chose que du côté de l’expertise, cet outil ait été mis en place.

Imaginons que nous sommes fin 2016, vous êtes élu président de la République. Quels chantiers ouvrez-vous en priorité ?

D’abord, je n’attendrai pas que l’élection ait lieu pour avoir un cadre de gestion que l’on mettra en œuvre le plus rapidement possible. Je réfléchis à ce projet de société et à ses priorités, il sera prêt dans quelques mois. Je pense d’abord que tout ce qui touche au fonctionnement de l’État, au renforcement et à la cohésion de l’action gouvernementale devrait avoir un caractère prioritaire. Et pour le gouvernement, nous ferons en sorte d’avoir les meilleures compétences possibles. Les grands responsables seront désignés sur proposition du Président et leurs nominations discutées avec le Parlement. Les contrôles parlementaires, internes aux institutions, seront renforcés. Tout sera mis en œuvre pour que les performances soient récompensées et les abus sanctionnés. Je ferai en sorte, à partir du deuxième mandat si l’occasion se présente, d’organiser une élection présidentielle à deux tours pour renforcer la légitimité du Président.

Pourquoi avoir baptisé votre parti Congo na biso ?

Cela veut dire « Notre Congo » en langue nationale. Je voulais susciter un sentiment d’appartenance et surtout de responsabilité vis-à-vis du pays. Le parti politique est là, nous sommes en train de l’implanter à l’intérieur du pays et dans la diaspora. J’espère que nous trouverons des alliés pour opérer le grand changement dans deux ans.

Officiellement, vous n’êtes pas encore candidat. Quand le serez-vous ?

Je vais bientôt partir à Kinshasa pour me porter candidat, probablement dans la première quinzaine d’octobre. Il faut le faire avec énormément de considération et de respect pour le pays, mais aussi pour la population. C’est pourquoi je m’abstiens encore de me déclarer officiellement.

Mais c’est un secret de polichinelle…

C’est vrai.

Qui financera votre campagne présidentielle ? Votre retraite de fonctionnaire du FMI suffit-elle ?

Certainement pas mes petits moyens de fonctionnaire international ! Ce qui est le plus important, c’est le produit. Et une fois que nous avons le meilleur produit, et c’est le cas sur la scène politique nationale, nous sentons que de grandes volontés feront que nous aurons les ressources financières nécessaires.

Vous êtes énigmatique pour quelqu’un qui prône la transparence. Appliquerez-vous ce principe sur le financement de votre campagne ?

Oui, le moment venu. Mais aujourd’hui, ce n’est pas encore une grosse préoccupation.

Propos recueillis par Jean-Michel Meyer

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